Charles Fourier

L’Archibras

présentation de Jonathan Beecher, gravures de Marc Brunier Mestas

Vient enfin de paraître !!!

82 pages avec 10 gravures originales de Marc Brunier Mestas et une préface de Jonathan Beecher : impression typographique sur papier cagette et fluo. L’ensemble est relié sous une couverture en carton gris.

82 pages, format 16 x 22 cm

ISBN : 2-914363-31-1, 25 euros



en librairie le 15 octobre 2026

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« Ce bras d’harmonie est une véritable queue d’une immense longueur à 144 vertèbres partant du coccyx. Elle se relève et s’appuie sur l’épaule d’où elle doit porter à la double hauteur du corps, ainsi selon notre hauteur elle aurait environ 16 pieds de longueur dont 3 de perdus pour l’appui sur l’épaule et au moins 12 de développement. »

« Dans sa Monographie de la Presse Parisienne, Balzac a jugé la queue fouriériste digne d’être mise au nombre des ridicules qui rapportent dix francs par jour au “Blagueur, deuxième variété de Petit Journaliste”. Il est donc peu surprenant que “la queue” ait été souvent rejetée par les admirateurs de Fourier comme une “invention malveillante” de la presse réactionnaire […] et par ceux qui accordent plus d’importance à ses théories économiques qu’à ses écrits “frivoles” sur la cosmogonie, l’amour ou la théorie de l’analogie. » écrit Jonathan Beecher, le biographe de Fourier.

Or L’Archibras qui présente les usages fabuleux de ce cinquième membre a bien été rédigé par Charles Fourier entre 1816 et 1820. Ce texte, inédit en livre, est ici accompagné d’une dizaine de gravures sur bois de Marc Brunier Mestas et d’une présentation de Jonathan Beecher publiée dans la revue La Brèche en 1964.

Bois gravé de Marc Brunier Mestas
pour L’Archibras de Charles Fourier

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DOSSIER DE PRESSE

L’Archibras


Contre tous les sevr-âges de l’imaginaire

« Si tout en Harmonie est remis en question – l’autorité, le crime, l’amour et la vieillesse –, la métamorphose s’achève sur des conjectures qui cernent d’un trait les limites de la réalisation de la philosophie et de la religion. Même dans le Nouveau monde il subsiste une inadéquation entre nos intentions et le réel qu’il nous est donné d’accomplir, une marge d’inquiétude, un aiguillon de pensée et de rêve »

Simone Debout, Payer le mal à tempérament (sur Sade et Fourier), présentation d’Emmanuel Loi, Quiero, 2021, 100 p.

L’intérêt d’un livre dépend en partie de la capacité éditoriale à permettre l’entrée dans l’univers imaginé par son auteur. C’est ce à quoi s’emploie la présentation de Jonathan Beecher et la brève biographie de Charles Fourier. Toutes deux préparent le lectorat à oublier ce qu’il connaît, à se défaire des vérités enseignées, pour accueillir l’inouï, le surprenant, l’incroyable.

L’Archibras, écrit entre 1816 et1820, peut être lu comme un texte hurluberlu. Il expose une invention anatomique accompagnant la réalisation utopique et augmentant les capacités de relation des êtres humains formant, à l’époque envisagée, communauté avec « les habitants du soleil », eux aussi pourvus de l’archibras :

« Ce bras d’harmonie est une véritable queue d’une immense longueur à 144 vertèbres partant du coccyx. Elle se relève et s’appuie sur l’épaule d’où elle doit porter à la double hauteur du corps, ainsi selon notre hauteur elle aurait environ 16 pieds de longueur dont 3 de perdus pour l’appui sur l’épaule et au moins 12 de développement. »

Alors, les gravures sur bois de Marc Brunier Mestas illustreraient cet univers alliant science humaine des passions et merveilleux. Le fond jaune fluo choisi par le typographe pour la plupart des gravures est un rappel de la complicité des humains du temps imaginé avec l’astre solaire. Il est aussi, à l’instar du texte de Charles Fourier une, audacieuse réalisation éditoriale qui convoque à son escient l’inventeur typographe Vodaine.

Grâce aux gravures aussi, le pan de l’œuvre de Fourier (1772-1837) qui attaque la morale régnante de son temps prend valeur manifeste. Mais aussi, grâce soit rendue au texte nourri d’une imagination sans égale. Les admirateurs de Fourier, au dix-neuvième siècle, publiant des inédits de Charles Fourier, l’inventeur du phalanstère, auteur de Théorie des attractions, Le Nouveau monde amoureux, ces admirateurs, donc, ont soigneusement censuré cette invention de l’archibras, une queue porteuse d’un cinquième sens généré par l’avancée du genre humain vers un monde sans violence, vers une harmonie passionnée.

Reste à savoir ce que la proposition fouriériste offre à la réalité de notre temps. Simone Debout, dans le livre dont un extrait sert d’épigraphe à ce blog, parle d’un « irrationnel fondamental » pour caractériser l’univers fouriériste, c’est-à-dire, pour reprendre à nouveau les mots de Simone Debout, « le sous-sol affectif » de l’humain. Les gravures de Marc Brunier Mestas, à nouveau, donnent consistance à cet aspect du texte de Charles Fourier.

L’Archibras, sans nul doute, nous parle aussi du typographe, Samuel Autexier. C’est son travail de passion qui fait renaître le texte. Dans un entretien donné à la revue Le Littéraire du 5 octobre 1946, André Breton voyait chez Fourier, la source d’une nouvelle morale supposant la réalisation de l’unité de l’homme. Charles Fourier et, à partir de lui, le travail d’art du graveur sur bois Marc Brunier Mestas et du typographe Samuel Autexier proposent à chacune et chacun de libérer les aspirations indomptées de son imaginaire. Contre le règne des algorithmes, contre l’iconoclastie religieuse, contre la dissolution du psychisme imaginant, L’Archibras en son texte énigmatique refuse l’art comme divertissement, ornement, illustration, décor, pour appeler depuis le profond du refoulé la puissance de l’imaginaire unissant l’image, le verbe et leur matérialité respective et créative.

Philippe Geneste


Entretien avec Samuel Autexier Typographe et Fondateur des éditions Quiero

Blog lisezjeunesse : Peux-tu éclairer notre lectorat sur la manière dont un ouvrage comme celui de Fourier est fabriqué. On dit, c’est un livre, en typographie, mais cela recouvre quel travail précisément ?

Samuel Autexier : La typographie c’est l’art du dessin de la lettre mais aussi une technique d’impression… Ainsi quand on dit d’un livre qu’il est imprimé en typographie c’est qu’il est imprimé avec cette technique d’impression.

Cette technique vieille de plus de deux mille ans consiste à encrer les reliefs d’une forme et par pression à transférer l’encre sur du papier. Ainsi tous les éléments en relief sont imprimés et ceux en creux ne le sont pas. On peut donc avec cette technique imprimer autant de fois que nécessaire une image ou un type…

Blog lisezjeunesse : Un type, c’est un caractère d’imprimerie ?

Samuel Autexier : Oui. L’invention de Gutenberg, c’est d’avoir gravé des types de chacune des lettres utilisées (en français plus d’une centaine de types) afin de pouvoir les combiner ensemble et imprimer n’importe quel texte. Pour L’Archibras, je n’ai donc pas utilisé d’autres techniques d’impression et chaque page a été composée lettre par lettre puis imprimée avant que les caractères soient redistribués dans les casses.

Pour les images, elles ont été gravées par Marc Brunier Mestas dans du bois et imprimées selon le même procédé. Ce travail est beaucoup plus lent et surtout c’est un travail manuel où tout le corps est engagé. C’est ce qui me plaît car cela fait que le texte ou les images ne sont plus seulement dans la tête mais aussi dans les bras, dans les jambes.

Blog lisezjeunesse : Le travail typographique est un hommage à Jean Vodaine, pourrais-tu, nous dire qui était Jean Vodaine ?

Samuel Autexier : Jean Vodaine était un poète, typographe et éditeur que j’ai connu par Jules Mougin et Philippe Cottenceau… Son travail de typographe est d’une grande liberté, c’est de lui que j’ai repris, par exemple, ce mélange de caractère (gras et italique maigre) qui donne au texte une vibration toute particulière… On peut dire qu’avec Jean Vodaine l’édition et la typographie sortent enfin de l’académisme et empruntent des chemins inexplorés.

Né en Slovénie en 1921, il suit sa famille immigrée qui s’installe à Basse-Yutz et devient manœuvre à la Forge. Fasciné par la texture et la sonorité des mots, il change de nom pour devenir poète. Il choisit le nom de « Vodaine », qui peut s’entendre dans sa langue d’origine comme « sois un ! ». Éditeur de la revue Dire (revue européenne de poésie) de 1962 à 1984, il y publie des textes d’Henry Miller, Jules Mougin, Jean Dubuffet, Gaston Chaissac et de centaine d’autres inconnus… Au colophon…

Blog lisezjeunesse : Le colophon ?

Samuel Autexier : le colophon est un terme d’imprimerie qui désigne la dernière page d’un livre où sont données des informations sur son impression, sa fabrication. Au colophon du dernier numéro de la revue Dire dirigée par l’ami Claude Billon on pouvait lire : « Rimbaud, c’est fini, la revue Dire… oui, ça a été difficile de la faire survivre en lorraine, au milieu des moutons à cinq pattes, des vaches à deux têtes, des pourceaux à six oreilles tous Prix au concours d’agri-culture, c’est fini, ce dire-là commencé en 1962, poursuivi jusqu’en 1984. Accordons-lui une survie posthume avec le bénéfice du doute. »

Blog lisezjeunesse : Tu as dit, à l’occasion d’une conversation autour de L’Archibras, que tu avais « l’impression de faire des livres pour grands enfants ». Pourquoi as-tu dit cela ?

Samuel Autexier : Plus le temps passe, plus je pense que les livres que je fabrique et qui me plaisent sont faits pour des lecteurs qui aiment s’amuser et sont restés des enfants.

Je n’ai pratiquement pas eu accès à des livres pour enfants lors de ma jeunesse (entre 9 et 16 ans). Cela n’existait pas encore et c’est dans la bibliothèque des parents que j’aimais trouver mes lectures. J’ai ainsi lu très jeune Kundera, Sade, Genet, Maupassant, Dostoïevski, Giono ou Fante mais aussi pas mal de bandes dessinées de Blueberry à Corto Maltese et d’Astérix à Gaston Lagaffe… Je me souviens très bien par exemple du roman John l’Enfer de Didier Decoin qui décrivait la vie d’un indien, laveur de carreaux sur les gratte-ciels, devenu aveugle ou de la lecture du Monde selon Garp de John Irving.

Ensuite à l’adolescence j’ai découvert la poésie par Rimbaud puis par André du Bouchet, Yves Bonnefoy, René Char mais aussi avec des auteurs proches et parfois amis comme Jules Mougin, Lucienne Desnoues, Edmond Humeau…

Pour en revenir à la question des grands enfants, je pense qu’au fur et à mesure que j’accumule des connaissances et lis des auteurs qui sont dit difficiles (comme les poètes, artistes ou essayistes que je publie !), plus j’avance en âge et en expérience donc, plus il m’est nécessaire que cette connaissance s’accompagne d’un esprit enfantin et s’éloigne le plus possible d’un esprit de sérieux qui m’engourdit et m’ennuie. Ainsi dans les œuvres classiques que j’aime découvrir, je suis toujours frappé par la fraîcheur et la vivacité de la pensée.

J’ai pensé aussi aux librairies qui ont créé des espaces jeunesse et aux éditeurs qui publient cette littérature dite jeunesse qui, me semble-t-il, intéresse beaucoup les adultes.

Bref, je suis comme la plupart des personnes qui s’approchent de la vieillesse, je tente de donner à ma vie des raisons de jouir et de se réjouir dans un monde qui continue à sombrer dans, pour reprendre les mots exacts de Charles Fourier, « l’indigence, la fourberie, l’oppression, les carnages, les intempéries outrées, les maladies provoquées et l’égoïsme général… »

Entretien réalisé par Annie Mas & Philippe Geneste, les 18 et 19 septembre 2026

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