Né en 1956 à Orange (Vaucluse)

Serge Navetat

Mort le 31 octobre 2025 à Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence)

Serge Navetat, artiste plasticien, poète et grand lecteur.

Après avoir été l’élève de Claude Viallat, Joël Kermarrec, Tony Grand, Max Charvolen... il fut ensuite pendant une quinzaine d’années enseignant aux Beaux-Arts de Marseille où il cotoya des artistes comme Pierre Architta, Jean-Louis Delbès, Noury Lekhal, Jean-Louis Montigone ou encore Piotr Klemensiewicz avec qui il conserve des liens d’amitiés artistiques.

Il s’installe à Forcalquier dans les Alpes-de-Haute-Provence au début des années 1990 suite à une grave dépression qui l’oblige a arrêter l’enseignement. Il continue à peindre et à écrire en rapport avec des lieux comme le Garage Laurent (devenu l’atelier Librarii) ou la Cîmenterie (lieu de fouilles artistiques de la compagnie Tout Samba’L)...

Phloèmes est son unique recueil publié.

Serge Navetat vient de nous quitter à la toute fin du mois d’octobre 2025.


in memoriam

Textes et images en mémoire de Serge Navetat.

La Canarde sauvage avait mis en ligne en 2015 quelques pages dessinées d’un carnet.

Une lettre de Nini, lu par elle au crématorium de Manosque début novembre :

Serge,

Poète, peintre, scribe, blagueur érudit, casse pied touchant, savant fêlé, amateur de café et de philosophie, tu es partit sans crier gare dans les hautes sphères les plus perchées de l’autre côté du monde.

Chaque coin de table, chaque terrasse de bistrot, chaque talus était ton écritoire, ton atelier, ton boudoir, ton auditoire…

On se souvient de toi le long de la route, à pied, lisant, marchant sous ton borsalino jusqu’à la Cîmenterie. Là on bossait au bureau, ou répétait dans la salle, toi dans la cuisine, tu peignais tes Mitochondries* ou autres œuvres inspirées aux trait précis et brouillard, en diluant la peinture dans nos tasses à café qu’on retrouvait bleuies à la pause...
Facteur gentleman, tu livrais à chacune, à chacun de nous, de la main à la main tes courriers passionnants et tendres, en poupées russes de mille poëtes ; sens et jeux de mots, non sens et maux du je.
Écriture stylée à l’encre ou à la bille, gribouille habile souvent hybridée hiéroglyphes, plume ou plomb, dessins peintures mots mêlées, impénétrables et limpides, imperméables et bien trempés.
Serge, l’Ange de nos boîtes aux lettres du bas de l’immeuble, du paillasson en haut de l’escalier ou du casier d’à côté.

Quelle bille ce Serge !
Beau terriblement, photogénique, biscornu, exubérant : malice et ténèbre, bouille craquante et grimace effarante, étonnement, dégueulasse et classe énormément, irradié de bonheur et chiffonné à l’extrême de désespoir immensément…

Les danses de Serge : libres et dessinées de rythme à l’anniversaire de Christophe, au vernissage de Lucy, au nouvel an chez Yves ... Danser avec Serge c’est voyager en arabesque gesticoles septentrionale du grand continent messieurs dames !

Chez nous et ailleurs tu venais à tous les spectacles et évènements si tu pouvais, yeux coulissant sous ton galure, tu croquais, main galopante, crayons virtuose pour offrir leur « portait d’être » aux artistes du vivant, spectateurs ou passants captés sur ton cahier à spirales.

Tes doigts longs de Serge autour de ton crayon, ton mégot, tes lunettes sous ton menton, tes doigts longs de Serge dans les airs, tes pensées, tes cheveux sous ton chapeau.

Ta voix de Serge, stances clamées magnifiquement à trois heures du matin, L’eau et les rêves de Bachelard, Deuleuze, Apollinaire ... la blague des trois bossus foudroyés…

Le rire de Serge, rire de baleine, de marcassin, les blagues de Serge, nos rires avec Serge, les larmes de Serge, nos larmes de Serge, les plaintes de Serge, le plein de Serge, le trop plein de Serge, le trop plein des blagues de Serge, le trou plein de Serge, le vide de Serge, le trop vide de Serge, nos larmes du vide de Serge … le Vide

Merci Serge : vieil enfant ancêtre juvénile, farceur sans gêne incorrigible ! Merci d’être passé par ici. Merci d’avoir su partager avec nous ta vie en montagnes russes, d’hêtre étrange, ta vie de hauts et de bas, d’homme baobab qui nous a élargi de paysages humains insoupçonnés…

Merci aux collègues et habitant·es de la Cîmenterie à l’époque, merci aux complices du quartier de la vieille ville et d’ailleurs, pour cette humanité-là encore ouverte.

Ta complice Nini (Annie Rhode)

Photo de Yves Riché
Fête chez Pierre au 34
Danse Serge & Nini

*Pst : On avait organisé avec Samuel une Expo de lui à la Cîmenterie (en 2012 environ !) qui s’appelait « Mitochondries ». Le vernissage avec lectures ensemble avait été un moment très fort pour lui pour tous et l’avait mis sur un bon plateau pendant quelque temps, comme l’expo et le vernissage qu’il avait fait chez Corinne place Saint-Michel en 2023 je crois, comme…


Quelques photos :