Stig Dagerman
La seule chose insensée est d’accepter le possible
préface de Philippe Geneste

Vient de paraître
Jaquette de couverture : impression typographique bleue sur un carton gris. Intérieur : impression numérique sur papier bouffant. Dos-carré-collé.
96 pages, format 12 x 16,5 cm
ISBN : 2-914363-42-7, 15 euros
- AGENDA
• 4 septembre - librairie La Carline à Forcalquier (04).
En librairie le 20 août 2025
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La seule chose insensée est d’accepter le possible de Stig Dagerman est composé de courts textes journalistiques et de lettres de l’écrivain suédois. Ces textes inédits d’un écrivain devenu presque immédiatement un classique dans son pays et découvert en France par Maurice Nadeau à partir de la fin des années 1960 sont préfacés ici par Philippe Geneste. Ce dernier relève et souligne dans la fidélité au journal anarchiste Arbetaren (où l’écrivain publiera articles et chroniques jusqu’à son suicide en 1954) une ligne politique qui défend l’émancipation collective des individus et nous exhorte à faire le choix de l’impossible contre les impasses politiques du possible.
BON DE COMMANDE
Quiero éditions c/o Marginales, Les Billardes, 04300 Forcalquier.
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DOSSIER DE PRESSE
La seule chose insensée
est d’accepter le possible
- Note de lecture d’Isabelle Rossignol pour la revue Encres vagabondes, septembre 2025
- Note de lecture de Thierry Maricourt sur son site Voyage dans les lettres nordiques, septembre 2025
- Citation par Claude Le Manchec à la radio canadienne CKCU, octobre 2025
- Note de lecture de Denis Chollet sur son site « scorpion51 », octobre 2025
- Reprise de la note de lecture de Thierry Maricourt par la revue Chroniques Noir et Rouge N°23, décembre 2025
- Note de lecture de Claude Le Manchec dans la revue Europe N° 1161-1162, janvier-février 2026
La seule chose insensée…
Pour le grand public, Stig Dagerman est surtout connu pour son livre Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, livre dont le titre ne pouvait laisser indifférent. Mais La seule chose insensée est d’accepter le possible retiendra probablement l’attention aussi. C’est à souhaiter tout du moins car ce livre est passionnant pour qui veut mieux connaître l’auteur suédois qui s’est donné la mort à 31 ans après avoir écrit des textes inoubliables : son grand succès, L’île des condamnés, mais également L’enfant brûlé. Romans, nouvelles, essais et chroniques, poésie et théâtre, Stig Dagerman a touché à tout.
Lire la suite sur le site de la revue Encres vagabondes…
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La seule chose insensée…
Spécialiste de littérature prolétarienne, Philippe Geneste introduit, dans La seule chose insensée est d’accepter le possible, plusieurs textes de Stig Dagerman (1923-1954) publiés et traduits en français, dans la revue Marginales [1]. En 1947, écrit-il, « investir l’impossible », ainsi que le suggère l’écrivain suédois, « devient nécessaire car il est, de fait, un terrain de la lutte des classes : la construction humaine révolutionnaire, dans le domaine de l’impossible (...), peut permettre au prolétariat de mener la lutte contre les virtualités destructrices de l’exploitation dont celles des guerres ne sont qu’une des modalités, et contre la continuelle semence du mort du capitalisme. » Pas sûr que Dagerman aurait exprimé les choses de la même façon, ou plutôt, sûr que l’écrivain ne les exprimait pas ainsi. Un roman n’est pas un essai universitaire ni une critique littéraire. Et pas sûr non plus que classer Stig Dagerman parmi les écrivains prolétariens, comme cela est souvent fait un peu par défaut, soit vraiment pertinent [2]. Pour Dagerman, parler d’« une littérature en mal d’emprise sur le réel », selon l’expression de Philippe Geneste, nous semble plus appropriée. Mais ici, ce sont surtout les liens entre la littérature et un certain syndicalisme révolutionnaire que l’érudit préfacier entend pointer. Poursuivant sa réflexion, il observe que Claude Le Manchec (auteur de deux ouvrages sur l’écrivain suédois et d’un troisième à paraître) ne le qualifie pas d’individualiste, au rebours de la plupart des critiques. Et Claude Le Manchec a évidemment raison, puisque l’engagement militant de Dagerman, qui ne fut jamais un homme de parti, s’oppose formellement à un individualisme qui exclurait les combats collectifs.
Lire la suite sur le site de Thierry Maricourt, Voyage dans les lettres nordiques
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Qui était Stig Dagerman ?
L’auteur et critique littéraire Claude Le Manchec converse avec Hans G. Rupreccht de la radio canadienne CKCU sur l’héritage durable et l’impact du romancier, dramaturge, essayiste et poète suédois Stig Dagerman (1923-1954) et sur son lectorat européen et américain. Claude Le Manchec y cite à la fin de son entretien la parution récente du recueil La seule chose insensée est d’accepter le possible…
Pour écouter l’émission (en anglais et français !)
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Nouveau rendez-vous
avec l’écrivain Stig Dagerman
Il est de ceux avec lesquels on a périodiquement rendez-vous. Écrivain d’origine suédoise, je l’avais découvert par un recueil publié aux Lettres Nouvelles, collection dirigée par Maurice Nadeau, en 1976, un recueil de récits Dieu rend visite à Newton dont j’avais rendu compte en qualité de chroniqueur sur les ondes radiophoniques de FR3 Nice. À l’époque, le temps était pour notre jeunesse plus orienté vers les bulles de bande dessinée qui éclataient chaque année au Festival d’Angoulême, sans croire outre-mesure aux balivernes du Programme Commun qui portait François Mitterand comme dans une chaise à porteur. Plus tard je discutais de Stig Dagerman avec Jacques Sternberg au cours de nos entretiens annuels, à Paris. Il l’appréciait grandement, d’autant qu’il se considérait comme un rescapé in extremis de la guerre et des camps de concentration. Le Magazine Littéraire, où Jacques Sternberg avait tenu une chronique subjective pendant dix ans, consacra alors un numéro sur « les littératures du Nord », en 1985, dans lequel l’écrivain d’origine suédoise mais à géométrie européenne y est répertorié en bonne place, en particulier à travers un essai de Philippe Bouquet (l’un de ses traducteurs) sur les nombreux paradoxes à peine explicables ayant construit l’homme devenu un écrivain fameux dans son pays d’origine.
Mon nouveau rendez-vous se fit grâce à la revue Marginales, publiée en 2007 chez Agone, un numéro d’essais et une anthologie consacrés à Stig Dagerman.
Samuel Autexier propose depuis plusieurs années des essais ou des proses grâce auxquels chacun peut creuser dans le fond de sa conscience, avançant muni d’une lanterne fixée sur son casque de mineur pour l’extraction du charbon. Quiero éditions publie aussi des ymagiers qui bousculent également l’ordre des choses, tel David Audibert rencontré il y a quelques semaines à l’occasion de la Foire de Ongles cet été avec qui je commentai ses utilisations de pages de journaux à grand tirage du XIXe siècle et qu’il charge de ses xylographies interrogatrices du sens initial, un siècle plus tôt. Des maîtres du Collage ont eux aussi pris possession de ces « vieux papiers » dont les collectionneurs sont encore friands sur les salons dédiés à la presse d’autrefois et au caricatures, de Max Ernst à Max Bucaille, pour ne citer que les Surréalistes ayant découpé puis remonté le monde faussement pacifié dans une autre organisation de la page imprimée, dans une autre vision du monde sans guerres apparentes.
Page imprimée certes, mais la guerre est ailleurs pour de vrai, partout dans les corps où les balles et les éclats d’obus aiment à se fixer, le cuivre lui-même prendra son temps avant de s’oxyder. Oui ! La guerre c’est pour de vrai ! Et les crayons taillés sous la République ou sous la Dictature sont dans l’impossibilité de s’opposer aux bombardements incessants ou presque, suivant les clauses d’un cessez-le-feu.
À l’occasion de ce nouveau rendez-vous avec Stig Dagerman proposé par la collection Friction chez Quiero éditeur, le moment d’un nouvel examen de conscience pour soi-même est venu. Philippe Geneste, naguère architecte de ce numéro de Marginales cité plus haut, insiste dans cette récente édition titrée La seule chose insensée est d’accepter le possible.
Laissons-le préciser :
« Il y a bien nécessité d’identifier ce qui a mené à l’inhumain. Parmi les éléments centraux se trouvent l’absence des liens interhumains, des liens des peuples par l’internationalisme, et la casse des sujets. Dans cette société, le vivant rêve de donner la mort, d’écraser, de contraindre, d’asservir, d’extraire du profit des êtres, des sols, de toute production et création ; c’est pourquoi le « tout est possible » relève aussi du registre de la mort et du massacre. Il faut donc aller chercher dans l’impossible l’appétition au rapport à l’autre et aux autres, d’où qu’ils soient, y chercher l’appétition à la solidarité, à l’entraide, à la coopération, à l’altruisme internationaliste. »
Lire la suite de l’article de Denis Chollet sur le site « scorpion51 »,
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Reprise de l’article de Thierry Maricourt publié sur son blog « Voyage dans les lettres nordiques » in revue Chroniques Noir et Rouge N°23, décembre 2025.
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Une absence d’apaisement…
Stig Dagerman, La seule chose insensée est d’accepter le possible, préface de Philippe Geneste.
Écrivain et journaliste, Stig Dagerman est surtout connu en France pour son reportage littéraire écrit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale Automne allemand et pour une courte confession autobiographique Notre besoin de consolation est impossible à rassasier [3]. Le présent recueil regroupe dix-sept textes qui permettent d’approfondir la connaissance de la pensée politique du jeune auteur suédois. Que ce soit dans certaines de ses lettres adressées à des amis journalistes, dans ses comptes rendus d’ouvrages d’écrivains comme Karl Vennberg ou Folke Fridell ou encore dans ses réponses à des enquêtes, Dagerman reprend et développe des idées qui ont fait le succès de ses livres les plus connus, notamment un engagement sans faille en faveur d’un art qui ne soit pas un « simple jeu de société » : « Dans les époques où l’espoir paraît gonfler ses voiles au-dessus de l’horizon, l’art s’oppose à la mort qui est tapie dans le rêve d’un bonheur éternel. Aux époques de désespérance, il tient tête à la compagne du sentiment d’impuissance en osant seul soutenir le droit de l’être humain à s’émanciper de sa peur » (p. 72). La sélection de ces écrits qui s’échelonnent ici sur une dizaine d’années permet d’offrir au lecteur la possibilité de découvrir, dans la courte vie de Dagerman, une évolution voire une gradation vers une réflexion de plus en plus aiguë sur la vie culturelle et politique de son pays et, plus généralement, sur l’Europe de l’après-guerre. En ce sens, ils font écho à sa fameuse lettre ouverte aux écrivains suédois de 1948 dans laquelle il souligne, dans un contexte de rapprochement de certains auteurs avec l’Union soviétique, l’irréductible « liberté de l’art ». Rejoignant ainsi les « billets quotidiens » en forme de courts poèmes satiriques que Dagerman publiait régulièrement dans le journal des travailleurs anarcho-syndicalistes Arbetaren, les textes réunis ici éclairent d’un jour nouveau l’étroit lien que l’auteur suédois voulait tisser entre littérature et engagement au seuil de ce qu’il espérait être une ère nouvelle pour une Europe dévastée par la guerre et qu’il espérait plus solidaire. Dans un court essai décisif, paru dans la revue Prisma en 1949, et qui donne son titre au recueil, Dagerman développe et amplifie son combat en faveur d’idéaux d’égalité, de justice sociale et de réalisation des individus. Son écriture acérée montre assez combien le style n’est pas seulement expérience mais aussi moyen d’intervention dans le champ social et politique et vecteur de reconquête d’une parole universelle. Le présent recueil que publie Quiero rejoint ainsi l’excellent volume d’essais paru chez Agone, La Dictature du chagrin & Autres écrits amers [4], duquel je tire cette magnifique réflexion :
Parler de l’humanité, c’est parler de soi-même. Dans le procès que l’individu intente perpétuellement à l’humanité, il est lui-même incriminé et la seule chose qui puisse le mettre hors de cause est la mort. Il est significatif qu’il se trouve constamment sur le banc des accusés, même quand il est juge. Personne ne peut prétendre que l’humanité est entrain de pourrir sans, tout d’abord, constater les symptômes de la putréfaction sur lui-même, sans avoir lui-même commis de mauvaises actions. En ce domaine, toute observation doit être faite in vivo. Tout être vivant est prisonnier à perpétuité de l’humanité et contribue par sa vie, qu’il veuille ou non, à accroître ou à amoindrir la part de bonheur et de malheur, de grandeur et d’infamie, d’espoir et de désolation, de l’humanité.
Souvent attaqué pour ses critiques dirigées contre les politiques menées après-guerre (notamment par les vainqueurs du IIIe Reich) et son supposé « romantisme de l’angoisse », Dagerman a développé paradoxalement à partir de ses propres succès littéraires une profonde et réflexion sur le néant de la gloire tout en souffrant des difficultés pécuniaires dans lequel son quasi-silence final l’a entrainé. Le jeune Suédois a très tôt eu le sentiment de vivre « trop tard » : « L’anéantissement est la seule forme de salut ou, tout du moins, l’issue la moins cruelle possible dans un monde où, depuis longtemps, il est trop tard pour tout. » Outre le déclin de l’anarcho-syndicalisme, il s’interroge sans cesse sur les pouvoirs réels des écrivains et des intellectuels face aux difficultés matérielles des plus démunis. Il souffre d’être le contemporain d’une évolution du monde et des sociétés humaines qui lui paraît défavorable aux plus humbles. Son silence ultime est éloquent : il nous introduit dans les affres d’une conscience douloureusement lucide. Et pourtant le succès de ses écrits ne s’est jamais démenti et encore aujourd’hui, même s’il est difficile de parler d’une influence élargie de ses idées, son œuvre compte sans cesse de nouveaux lecteurs sans doute parce que Dagerman a foi dans l’art, dans la beauté et, en même temps, imagine une société délivrée des contraintes qui pèsent sur les individus. Partagé entre espérance et lucidité, sa critique des illusions l’emporte le plus souvent sur sa confiance en un avenir meilleur. D’où, dans les essais réunis ici, une dénonciation sans faille de toutes sortes de pièges et de chimères, mais qui se paie chez lui par une absence d’apaisement.
Claude Le Manchec
in revue Europe N° 1161-1162, janvier-février 2026 consacrée à Rainer Maria Rilke
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[1] N°6 - 2007
[2] Cf. notre article « Stig Dagerman, écrivain prolétarien ? » in Fragments n°8, janvier 2024
[3] Deux livres publiés par Actes sud en 1980 et 1981.
[4] Ce recueil de textes rassemblés par Héléna Autexier en 2001 et plusieurs fois réédités vient d’être repris dans la collection « poche » de cet éditeur sans mention de celle qui en fut l’ouvrière et avec ajout d’une nouvelle traduction du petit texte qui a rendu célèbre les éditions Actes sud… Bref, quand on pense avoir touché le fond, on peut toujours aller plus bas ! [Note de l’éditeur].


