Marseille
Manifeste rien

Le collectif Manifeste Rien est une « fabrique de mise en scène » née à Marseille dans les années 2000 qui rassemble acteurs, techniciens et poètes (Virginie Aimone, Jérémy Beschon, Olivier Boudrand, Jean-Battiste Coutton, Jean-Louis Floro, Flore Marvaud, Franck Vrahidès, etc.) autour d’une idée simple : écrire, adapter, monter et jouer des textes - que l’on entend très rarement sur scène - devant tous les publics.
Pour en parler deux articles parus sur le collectif… et un lien vers son site internet en fin de page.
MANIFESTE RIEN, TOUT POUR LE THÉÂTRE !
Sur les planches
Le collectif marseillais Manifeste Rien mène un vrai travail de fond pour mettre en scène des œuvres de sciences sociales. Et réalise avec ambition de nombreuses adaptations, dont la fameuse Histoire universelle de Marseille d’Alèssi Dell’Umbria, Le Massacre des Italiens de Gérard Noiriel ou encore La Domination masculine, d’un certain Pierre Bourdieu.
Parallèlement, le collectif mijote aussi ses propres pièces à la sauce critique sociale. Ainsi de Travailleur de la nuit, sur le cambrioleur anarchiste Alexandre Marius Jacob. Ou de La Marseillaise et cetera, qui revient sur deux épisodes lors desquels l’hymne national fut copieusement sifflé par le populo. Cerise sur le gâteau (théâtral), Manifeste Rien prolonge la plupart de ces représentations par un débat ou un atelier à destination de lycéens, d’usagers des centres sociaux ou de prisonniers.Tout le talent de cette compagnie est de faire du théâtre que l’on qualifierait, faute de mieux, d’engagé – sans pour autant tomber dans le pédant ou le soporifique. À rebours des codes contemporains dominants, l’écriture, la mise en scène et le jeu des acteurs privilégient les pratiques de la comedia dell’arte, du mime ou de l’outrance. Alliant poésie, humour et critique sociale, les spectacles atteignent souvent leur cible : susciter la réflexion politique et divertir (au meilleur sens du terme).
Pour un nouveau système [d’après Aimé Césaire et Stig Dagerman] ne déroge pas à la règle. Mieux, il approfondit la pratique de la compagnie, tout en donnant à Virginie Aimone l’occasion de se livrer à une étonnante interprétation des nombreux personnages, passant avec aisance et virtuosité de l’un à l’autre. Qu’elle incarne une jeune fille en lutte contre le conformisme de sa famille, un poète fustigeant les compromissions des gens de lettres, un révolté qui se heurte aux murs de la bureaucratie ou un personnage d’Almodovar, l’actrice suscite les réactions enthousiastes du public. D’autant qu’elle est parfaitement mise en valeur par les jeux de lumière et la scénographie de Cyrille Laurent.
Le rire revient souvent, mais n’entame pas la gravité du propos. Il s’agit de dénoncer un système mettant en cause l’humanité même – rien de moins. Et d’égratigner au passage ce théâtre « dévasté » qui n’échappe pas non plus à la marchandisation en cours… La compagnie Manifeste Rien renoue ainsi, sans passéisme ni nostalgie, avec la pratique d’une culture prolétarienne exigeante au profit du plus grand nombre. Le cas est assez rare pour être signalé – et salué !
Un article de Charles Jacquier publié par le très bon mensuel marseillais CQFD.
Au sujet de la pièce La Marseillaise et cetera :
[Le collectif] croit à la forme théâtrale pour les faire connaître et partager. Et, ambition suprême, il veut les faire connaître et partager à ceux qui sont concernés au premier chef : ceux qu’on va, par exemple, montrer du doigt parce qu’ils sont les siffleurs ou les contestataires.
Cela implique que le théâtre ne doit pas simplement être dans des théâtres proprement dits, mais s’approprier tous les lieux, légitimes ou non, où l’on peut dire ces vérités travesties dans les rhétoriques des éditorialistes dominants.
Tout proche de son public qu’il interpelle parfois, Olivier Boudrand ne ménage pas ses efforts pour expliquer avec clarté tous les tenants et les aboutissants de son sujet. Entre comedia dell’arte et tract théâtral, il réussit brillamment l’exploit de condenser en trente minutes le bruit et la fureur d’une histoire populaire qu’il ranime avec conviction, justesse et sincérité.
On suivra désormais avec intérêt le travail de la Compagnie « Manifeste Rien », établi à Marseille.
